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Archives de Catégorie: Economie

Tout objet a sa science. L’argent aussi.

Maître-Esclave

hands-in-chains-310x415Une fois n’est pas coutume, je vais baser cette réflexion sur ma propre expérience personnelle, très très récente (les derniers éléments datant de deux jours). A l’avance, désolé pour l’aspect personnel de l’article.

Pour des raisons de confidentialité, je ne peux rentrer dans le détail de certains éléments abordés, mais le but initial est d’approcher une problématique d’un point de vue général.

Il y a deux jours de cela, donc, je rencontrais la directrice des ressources humaines de ma région (la structure de mon entreprise multinationale est subdivisée en pays, puis en régions) dans le cadre d’une mutation vers notre plateforme logistique. En effet, je travaille dans le domaine de la logistique, élément primordial de notre activité de distribution de matériel auprès de professionnels (je tairai volontairement le type de matériel).

Cette mutation représentait également une forte promotion pour ma carrière, puisqu’il s’agissait d’une prise de poste de Responsable sur cette Plateforme Logistique. Des entretiens précédents avec différents acteurs du projet m’avaient amené à cet entretien final.

Depuis le début de ma carrière au sein de mon entreprise, de nombreux rebondissements avaient ponctué mon historique professionnel, et notamment, des heurts avec des supérieurs hiérarchiques, notoirement logistiques. Ces « heurts » portaient principalement sur des prises d’initiative de ma part destinées à apporter des améliorations, notamment dans le cadre de la communication inter-structures. Par ailleurs, mes reproches furent légion envers ma hiérarchie, en regard du manque de communication justement, concernant des problématiques largement dommageables à la logistique, et donc, au taux de service de nos clients.

Ces incidents « comportementaux » m’avaient déjà été reprochés par les ressources « humaines » ; en effet, mes supérieurs étaient censés être les seuls à savoir ce qui est bon ou pas pour l’intérêt de notre groupe. Je devais donc me plier à leurs décisions – ou plutôt, à l’absence de décision… – et continuer à me démerder, à l’instar de mes nombreux collaborateurs, et surtout, me taire.
Cela signifiait accepter un état des lieux déplorable sur certains dossiers en cours ou largement achevés, sans chercher à les améliorer. Et donc, tacitement, accepter de faire chuter notre taux de service et ainsi perdre des clients.

Conscience professionnelle, zèle mal placé ou intention de me faire remarquer, je n’ai jamais cessé de secouer le cocotier. Et mon avant dernier entretien auprès de mon éventuel futur supérieur de la plateforme fut tout aussi marqué par ma résolution à voir les choses changer, et à assumer pleinement mes prises de positions. Cela ne fut, semble t’il, pas à son goût. Mon entêtement n’a pas plu. Et au dernier entretien, voici LA phrase de ma DRH qui aura été la cause de l’écriture de cet article :

« Je ne comprends pas ; vous êtes quelqu’un d’intelligent, avec de fortes capacités, et nous n’avons rien à vous reprocher sur votre travail, mais en conservant un tel comportement avec votre hiérarchie, nous ne pouvons plus rien vous proposer. Votre carrière est finie dans le groupe. »

Alors je ne chercherai pas à parler ici des conséquences de cette phrase, qui me regardent entièrement. J’ai accepté la décision, sans la discuter, car en effet, de mon côté, je ne souhaite pas partir travailler avec des personnes qui, selon moi, ne communiquent pas, ne supportent pas les prises d’initiative, et n’envisagent pas d’amélioration rapides sur des points vitaux intrinsèques au métier de notre entreprise. Cela a surpris ma DRH d’ailleurs ; comme quoi, les gens ne comprennent pas que l’on souhaite que les choses aillent bien, même si cela devait nous coûter.

Alors pourquoi cet article ?

Il semblerait que la phrase que j’ai réécrite plus haut soit emblématique d’une dynamique étrange qui sévit au cœur des grandes entreprises, et sans doute même au cœur du système général. Que ce système soit capitaliste ou autre, je crois que cela n’a plus même d’importance.

Les choses sont dites : malgré la qualité du travail et les capacités d’un collaborateur, sa promotion est annulée pour un seul motif : son insoumission à la hiérarchie. Il va sans dire que la hiérarchie a un but logique, et que sans elle, aucune structure ne tiendrait en place. Mais la question n’est pas là – selon moi. La question est celle-ci : Ne devrait-on pas étudier les motifs de cette insoumission afin de déterminer sa légitimité relative aux intérêts de l’entreprise ?

La réponse est non apparemment. Peu importe la raison pour laquelle un lambda se met en lutte, et donc en danger pour sa carrière, contre ses supérieurs, il aura, de toute façon, tort. Si ce lambda, a contrario, se soumet pleinement aux décisions de ses supérieurs, et acte aveuglément, il pourra espérer voir sa carrière grandir. Il montera d’un étage. Son salaire augmentera également. Mais pourra-t-il, pour autant, changer les choses ? Une fois là, il aura toujours des supérieurs au dessus de lui ; mais il devra continuer inlassablement à faire ce que je nomme, de la politique, en vue de sauvegarder sa carrière et son salaire.

Ainsi donc, que résulte-t-il d’une telle dynamique ? Les personnes qui montent dans la hiérarchie doivent prioritairement privilégier la politique et l’intérêt personnel au détriment des convictions inhérentes à leur fonction principale. Ce faisant, et s’éloignant également de la base – là où les réalités perdurent – ces personnes se renferment dans un monde d’ordres et d’intérêts personnels, totalement déconnectés des intérêts à proprement parler de l’entreprise et de ses collaborateurs.

Comment, avec une telle logique, peut-on décemment espérer obtenir une qualité de travail et de service au sein de multinationales, puisqu’elles comptent des dizaines d’étages hiérarchiques ? Si, à chaque échelon, on doit se soumettre encore et toujours, et oublier nos véritables connaissances professionnelles au profit d’une recherche égocentrique de réussite, nous ne pouvons pas former une entreprise, une société soudée, dynamique, et donc, efficace… Et j’aurais souhaité que cet état de choses ne soit inhérent qu’à mon entreprise multinationale, mais, malheureusement, j’ai bien peur que ceci ne soit assimilable à toutes les entreprises de grande taille.

CQFD : la performance dans une structure de grande taille présente un paradoxe entre la recherche de performance globale de cette structure, et les intérêts personnels de chacun de ses membres. Ce paradoxe est induit par l’ambition personnelle et l’incapacité de supérieure à se remettre en question dans leur relation avec leurs subordonnés, s’estimant inéluctablement plus à même de détenir la vérité.

 
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Publié par le 31 juillet 2014 dans Economie

 

Troquer l’humain contre l’argent.

L’Argent. Objet ? Notion ? Outil peut être ?

L’argent nous est aussi familier que l’air que nous respirons, que la nourriture que nous ingérons, et le fait même qu’il soit le moyen d’acquérir cette dernière est devenu une évidence indiscutable. Qui penserait pratiquer le troc à nouveau ? Et puis soyons honnêtes: compte-tenu de la complexité de notre système consumériste, le troc serait une véritable source de conflit !

Ou pas. Il est assez frustrant quand on y pense de devoir donner une valeur fixe à tout objet, ou service. D’autant que, si l’on s’en réfère au fonctionnement même des micro et macro-économies, cette valeur fluctue incessamment. La vérité, c’est que l’argent apporte une résolution aux éventuels problèmes d’échanges commerciaux. Et pourtant, parlez avec un acheteur industriel, alimentaire ou autre, et vous comprendrez que le « coût » d’un produit se négocie ! Le fait d’acheter plus fait chuter le prix ? Etrange non ? Un poulet reste un poulet il me semble. Une ampoule reste une ampoule, et que l’on en achète une, des centaines, des milliers, le temps imparti à la fabrication de chacune d’entre elle, et les matériaux utilisés sont approximativement les mêmes (je n’entrerai pas dans certains détails industriels justifiant la chute des coûts standards de production en fonction des volumes). Néanmoins, rien qu’en termes de matières premières, c’est une vérité indéniable.

On comprend déjà que cet « argent » n’est pas si objectif que l’on voudrait le croire. Tout comme le troc ne l’était pas. Alors où est le souci ? Il semble se trouver dans le fait que les relations commerciales globales (que ce soit pour les sociétés ou pour les particuliers) ne se résument plus qu’à négocier un prix, en fonction d’une qualité normalisée, et d’une quantité éventuelle. Quid de l’humain et des relations sociales dans tout ça ? Car on peut estimer que les échanges commerciaux étaient autrefois un motif de réunion et de partage idéologique, culturel voire philosophique.

Aujourd’hui, vous achèteriez un veau, ou une mobylette, sans vous inquiéter de ce qui en résulte, de l’impact en amont et en aval, parce que vous payez, tout simplement. Vous estimez que cette perte d’argent représente une dé-responsabilisation quant à tout ce qui tourne autour du produit. Et vous avez raison; après tout, il y a des lois, des règlements qui doivent encadrer les produits et leur chaîne de fabrication ou d’élevage. Enfin, raison… disons plutôt, logique.

Mais hier, si vous vouliez une mobylette, et que vous possédiez un veau, comment cela se passait-il ? Troquer deux objets engendre une foule de questions, d’échanges, et d’argumentations, visant, bien entendu, à équilibrer l’échange. Mais pas tant qu’avec l’argent pourtant. L’homme qui vous propose sa mobylette semble rechigner à valider l’échange sous prétexte que votre veau a mauvaise mine. Il se sent lésé dans l’échange. Vous auriez du prendre soin de votre veau, il aurait eu une plus grande valeur. Vous lui expliquez pourtant, et tant bien que mal que le veau est tombé malade il y a quelques semaines mais qu’il va mieux aujourd’hui. Par ailleurs, votre vieille grand-mère est souffrante, et vous ne sauriez vous rendre à son chevet sans cette mobylette. Bien sûr, vous pouvez mentir. Et si c’était vrai ? On voit tout de suite que le troc privilégie la relation humaine, et l’empathie qui réside entre toutes les créatures vivant ici-bas. Et j’imagine mal une société faire une ristourne sur une commande pour des raisons de ce type !

De nombreuses lignes pour démontrer que le troc est plus proche des relations humaines chaleureuses et intelligentes que l’argent qui lui, permet de s’émarger de toute considération autres que celles imposées par le système (industriel, économique, etc.). L’argent éteint petit à petit l’empathie qui existe entre les hommes.

Il est pourtant certain que cela n’a pas toujours été le cas. Alors qu’est-ce qui a bien pu changer ? Pourquoi les relations commerciales tendent aujourd’hui à devenir des lignes de commandes informatisées et systématisées privilégiant l’outil au détriment de la majorité de ses utilisateurs, les humains ? Et bien plusieurs éléments:
– La globalisation des marchés – la mondialisation
– La dématérialisation des échanges – l’informatique
– Le remplacement progressif de la politique par l’économie
D’autres entrent en compte, mais prenons ceux-ci pour entamer le débat.

S’il est vrai qu’échanger un veau contre une mobylette du point de vue personnel aurait encore pu se faire dans les années trente ou quarante, qu’en serait-il aujourd’hui entre deux entreprises gérant veaux et mobylettes ? Cela n’aurait aucun sens, compte tenu des volumes. Le troc est efficace sur des marchés physiques, là où les personnes se rencontrent, et commercent principalement à titre personnel, ou sur du commerce à taille humaine. Mais le monde, depuis l’antiquité surtout, s’étend toujours plus – même aujourd’hui. Les cultures s’entremêlent, optent pour des systèmes d’échange semblables aux nôtres, considérant de prime abord l’aspect « facilité » des échanges. Le piège de la facilité. Alors oui, maintenant, le troc est rendu totalement obsolète de par les volumes, les distances, et les exigences normatives.

Conséquence de cette globalisation des marchés, la dématérialisation des échanges. Terminée, la poignée de main fraternelle symbole d’accord. Aujourd’hui, une saisie informatique de milliers de produits sur un ordinateur engendrera une fabrication à des milliers de kilomètres de là. Plus aucune relation humaine dans l’échange, voire même plus aucun humain dans la chaîne. La froideur des câbles informatiques de cuivre (au prix exorbitant…) régit la communication à longue distance, et s’acquitte de faire exécuter les quelques palabres initialement déblatérées pour la mise en accord du prix. Et bien entendu, si le prix a été décidé, il ne changera pas, quoi qu’il arrive. Sauf sans doute pour le pétrole et les produits côtés en bourse.

Enfin, la politique, censée régir l’équilibre entre les humains, leur bien-être, et leur vitesse de progression, cède indéniablement sa place à l’économie, reine-mère du consumérisme effréné de notre structure sociale actuelle. Pourtant, une société devrait rester une organisation, et non une philosophie de vie, qui elle, devrait être absolument personnelle et subjective. Or l’économie prend le pas sur la politique – par des biais dont on parlera maintes et maintes fois dans ce blog. Et si elle conserve une organisation hiérarchique transformée, elle affecte toujours plus les philosophies de vie des membres de la société. Ces derniers se voient toujours plus imposés de suivre des règles induites par le système économique, et leur seule liberté s’en retrouve cloisonnée dans l’espace aimablement octroyé par ce système économique. La preuve: le troc est interdit (sous couvert d’interdire le travail au noir) ! Pourtant, d’un point de vue strictement moral, en quoi le troc relèverait-il de quelque chose de mal ?

Voilà un des effets de l’argent, sur la base même des éléments qui ont tendu à le faire naître. Les humains ont échangé. Les échanges commerciaux ont donné vie à l’argent. L’argent a simplifié les échanges en écartant les humains de ceux-ci. Les relations humaines ont disparu des échanges, et avec cette disparition, la disparition de la prise en compte de la vraie valeur des choses.

John

 
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Publié par le 22 juin 2011 dans Economie